Client :BERNEX (SUISSE) Date : 17 mai 2013 Catégorie

Agro-parc urbain (Bernex, Suisse)

> Concours (en cours de délibération…)

Atelier des Alvéoles mandataire : paysage et permaculture

Ingénieur Agronome et Agriculteur : Ferme biologique de la Touvière

Génie civil : Yves Bach / EDMS

Architecte : Emmanuel Pezeres

Stagiaire : Alexandra Yarevskaya

Rendu 3D : Pierre Marie Jacquiet

Illustration : Tomas Salomon

Surface :

Coût :

 

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Un réseau de ferme périurbaine sur la commune ?

 

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Un écosystème urbain jardiné ?

SIMPLE ET COMPLEXE, COMME L’HUMUS !

Le cycle de l’humus, indispensable à la fertilité durable de nos sols nourriciers, replace l’homme (et son compost) au sein d’un écosystème qu’il jardine.

Les principes eco-systémiques qui organisent et inspirent ce projet sont aussi simples que complexes.

La ville fertile

La terre arable, est un bien de plus en plus rare, de plus en plus précieux, tant sur le plan économique que culturel et écologique, la préservation et la valorisation de ce sol nourricier constituent l’un des enjeux fondamentaux de ce projet. A l’instar du sol, l’espace libre en milieu urbain, qui permet l’accès de tous à une nature ressourçante de proximité, est également de plus en plus précieux, notamment pour garantir une qualité de vie au sein même de la ville. Ce projet tente d’imaginer une ville durablement fertile, ressourçante et nourricière où différents usages se superposent pour mieux se nourrir l’un l’autre.

La micro-ferme urbaine, un élément d’écologie territoriale à mettre en réseau

L’agriculture en ville se doit d’être intensive, pour produire beaucoup sur une petite surface, tout en respectant l’environnement partagé par un grand nombre ; à l’instar d’autres micro- fermes européennes, l’optimisation spatiale du système, la fertilité de son sol et son équilibre écologique apparaissent essentiels pour la viabilité agro-économique de cette ferme urbaine. Cette recherche d’efficience et de fonctionnement cyclique nous amène à nous inspirer des écosystèmes naturels pour imaginer un agro-écosystème urbain incluant à la fois l’ensemble du parc, son environnement urbain et ses composantes humaines. Comme dans la nature, les déchets des uns deviennent les ressources des autres, et le recyclage de la matière organique devient à la fois une ressource fertile pour l’exploitation et un service pour la collectivité. Une multitude d’autres services sont rendus à la collectivité grâce à la gestion agro-paysagère du lieu : gestion intégrée des eaux pluviales, brise vent, dépollution, filtre à particules, stockage du carbone, entretien de l’espace public, nouvelles modalités des liens citadins car cet espace est autant un lieu social qu’un lieu écologique et économique. Ainsi les futurs agro-jardiniers auront la possibilité de vendre en direct, mais aussi de diversifier les sources de revenus, notamment dans le domaine social (accueil, formations, entretien des espaces publics). Ces micro-fermes prendront tout leur sens en réseau, réparties sur les différents quartiers de la commune ; un rayon d’action moyen de 1 à 2 km permettrait d’en faire des points de vente de proximité, des centres de compostage pratiques, et des lieux de ressources humaines pour les potagers collectifs ou scolaires du quartier.

Anticiper l’inconnu

Le parc de Cressy-Murcie, qui préfigure son futur contexte urbain ainsi que le développement de la ferme, est organisé autour d’une trame paysagère simple et efficace afin de permettre à différents projets d’y fonctionner.

L’activité agro-économique dépendra nécessairement des porteurs de projet de la ferme. Cependant la trame agro-écologique projetée permet une évolution progressive de l’exploitation ainsi que des variantes sur les surfaces (surface de maraichage ou de jardin collectif, de vergers ou de petits fruits, de grandes cultures).

Une première phase, préalable à l’installation de la ferme, pourrait comprendre la plantation des arbres fruitiers, la culture de plantes améliorant le sol (trèfles, luzernes,…) et éventuellement la production de la paille pour le bâtiment.

Une phase postérieure à l’installation de la ferme pourra consister au démontage du gazoduc, si les travaux peuvent être planifiés dans les 5 ans qui suivent le début du parc, il sera intéressant de prévoir dans cette seconde phase l’aménagement de la piste cyclable au nord-est du parc.

Le contexte environnemental du site et de l’urbain périphérique comme générateur et but du projet

Le projet choisit de s’appuyer sur les infrastructures déjà existantes : la ferme pourra s’organiser autour du chemin des Suzettes afin de garantir un accès simple et efficace, notamment depuis le futur arrêt de tram, soulignant par la même occasion ce futur axe de mobilité douce du projet de Bernex.

Le passage existant sous la route de Chancy, sera dans la mesure du possible conservé et requalifié afin de permettre une plus grande fluidité dans la traversée nord-sud.

A l’exception des talus nord et sud qui seront fortement adoucis, la topographie du projet suit la topographie naturelle, afin entre-autres de préserver au maximum la terre végétale en place.

La trame qui organise le projet s’appuie sur l’exposition, la topographie, l’écoulement de l’eau, et le sens des vents. Dans cette optique les parcelles de maraichage sont situées dans les parties basses et ensoleillées de manière à bénéficier au maximum des éléments minéraux, de l’eau et du soleil. Une succession de petites haies brise-vent sont positionnées au nord du site afin de briser l’effet de la bise sur les cultures.

Une digue en terre est construite à l’ouest du site afin d’absorber le bruit de l’autoroute. Les remblais sont pris sur le site au niveau des talus nord et sud et pourront être complétés par des terres des chantiers de proximité.

La digue entourant le local de gaz est supprimée afin d’intégrer l’édifice dans le terrain naturel, une structure végétalisée entoure le local de décompression le rendant à la fois plus visible et mieux intégré. Son emplacement en fait un marqueur urbain, un élément signalant le parc.

La gestion intégrée des eaux pluviales dans le parc consiste à gérer localement les eaux de ruissèlement en les infiltrant tant que possible et en les filtrant (bassins plantés). Une partie des eaux de ruissèlement de l’environnement proche (route de Chancy et chemin des Molliers) pourront également être stockées dans un bassin planté à l’est du parc. L’exploitation des ressources de l’urbain proche (eau, air, lien social…) permet au projet de rayonner sur la Ville. En effet, la nécessaire reconnexion à l’écosystème induite par l’agro- écologie et l’utilisation de ressources que la ville pourrait avoir tendance à dégrader dans une configuration urbaine classique pousseront à rehausser la qualité globale de l’environnement proche du parc.

La ferme urbaine intégrée à l’agro-écosystème

Les bâtiments sont positionnés sur le chemin des Suzettes en point haut du site de manière à voir l’ensemble du parc et à être identifié de loin. Le bâtiment chauffé s’inscrit dans une serre verrière de 600m2 qui chauffe le bâtiment et réciproquement, en plus d’accueillir les cultures maraichères, cet espace sous serre peut également servir de jardin d’hiver, de terrasse de restaurant, d’atelier collectif, et centre de compostage (lombricompostage). La ferme et le hangar seront construits en matériaux biosourcés et/ou présents sur le site (terre, paille,bois…).

Les bâtiments s’organisent autour d’une place publique qui peut accueillir les activités liées à la ferme (marché, buvette, etc), et rappellent l’organisation des fermes genevoises.

Cette serre verrière, qui apparait comme un symbole d’agriculture urbaine sera visible depuis la route de Chancy et perceptible depuis l’autoroute.

L’ensemble serre-bâti est un extension conceptuelle des systèmes pariétodynamiques classiques. La serre fonctionne sur la base éprouvée des serres de production. Ses automatismes lui permettent de réguler l’apport en ventilation grâce à des capteurs thermiques et d’actionner les ombrières en cas d’apports solaires importants. En régime d’hiver le bâti par sa capacité d’inertie permet de capter fortement le rayonnement solaire et de le restituer lentement au cours de la journée et de la nuit. En cas d’insuffisance d’apports solaires les parois du bâti lourd chauffées de manière interne prennent le relais.

Les eaux de toit sont récupérées et utilisées pour l’arrosage. L’évapotranspiration et la présence de végétaux de différentes tailles (hors production) participent de la régulation thermique.

La serre habitée a comme but pédagogique le renversement métaphorique, technique et existentiel du rapport d’extériorité à la « nature » que nous entretenons particulièrement en milieu urbain. Ce dispositif à comme objectif de faire comprendre et sentir que nous sommes pas environnés, que cette nature n’est pas non plus tout en nous mais que c’est bien la nature des rapports biologiques, les modalités de constructions culturelles et les particularités des dispositifs techniques que nous construisons qui induisent une approche spécifique de cette « nature » ici urbaine.