Quels paysages pour les prochaines années ? Nous plantons des arbres, mais seront-ils adaptés au climat qu’il connaîtront dans 50 ou 100 ans ? Il est difficile d’imaginer ce qu’ils vont vivre… Dans cette vidéo, Antoine Talin, architecte-paysagiste et fondateur de l’Atelier des Alvéoles, vous invite à explorer le paysage comestible, le paysage de demain, face aux changements climatiques.

Dans le département de la Drôme, où notre pépinière est installée, le climat méditerranéen s’installe plus rapidement que ce que les météorologues indiquaient jusqu’à présent. Des rapports de l’ONF montrent que le chêne pédonculé ou le pin sylvestre, qui comptent parmi les essences les plus répandues dans nos forêts, ne sont déjà plus adaptées à l’évolution des températures ces dernières années. Dans 30 ans, le Rhône risque de diminuer de 40% : c’est le territoire entier qui doit s’adapter.

Nous héritons de ce paysage qui a été modelé par nos ancêtres, qui ont appris à subvenir à leurs besoins. Ici aux Alvéoles les personnes avant nous avaient une petite ferme vivrière. Ce sont des personnes qui vivaient chichement, mais qui étaient en autonomie sur leur terrain. Ce sont des terrains maigres, pauvres, des prairies qui sont plutôt réservées à l’élevage.

Ce sont aussi des territoires où il y a peu d’eau, qui sont fragiles, sensibles aux changements climatiques. Les arbres d’ici se sont développés avec 10cm de terre, et juste ce qu’il faut d’eau. Si il y a 2-3 semaines de sécheresse en plus chaque année, ou si la nappe phréatique descend de 10 ou 15 cm, ça fait une grosse différence pour eux. Et pourtant les forêts sont les écosystèmes par excellence qui gèrent le cycle de l’eau. Les sols forestiers sont de vrais éponges, remplies de champignons qui gardent 10x plus l’eau que dans les sols de prairies.

Localement, avec des choses simples, des graines, du terreau, du compost, on peut créer des paysages : une interface entre l’observateur, celui qui le vit, le climat et l’écosystème. C’est ce qu’on voit, ce qu’on perçoit avec nos sens, et c’est aussi ce qui nous nourrit. Mais aujourd’hui, tout s’accélère, et on doit anticiper pour s’adapter plus vite. C’est maintenant qu’il faut s’y mettre, et jouer notre rôle de micro-organisme sur la planète.

Quand il ne pleut pas, on a du mal à imaginer comment l’eau peut couler sur la terre. Sur des sols argileux comme chez nous, dès que la terre est un peu compactée en surface, l’eau ne s’infiltre plus, et file directement à la rivière, puis à la mer. Si on réussit à la garder et à l’infiltrer, on peut recréer un petit cycle local, qui sera bénéfique pour tout le monde. C’est aussi pour cela qu’on plante des arbres… mais les arbres ont besoin d’eau. Donc on commence par gérer l’eau, avant d’installer des plantes. Ensuite ça se met en place, avec un cercle vertueux.

Sur notre site expérimental, l’ensemble des aménagements forment un « paysage dégénératif’ : des mares, baissières, terrasses, canaux, qui permettent de retarder au maximum la fuite d’eau dans le système, et encourager le paysage à retenir l’eau et à l’infiltrer. Dans un deuxième temps, on adapte nos pratiques avec les végétaux. Le semis d’arbres par exemple, permet d’avoir des plantes qui s’enracinent mieux, et résisteront mieux au réchauffement climatique.

On peut faire ces choses chez soi, mais il est essentiel quand on parle de l’eau d’avoir une vision collective. Ce qui nous rassemble, c’est la gestion de nos ressources : comment est-ce qu’on la stocke, comment est-ce qu’on l’infiltre. Quelle est la clé pour déclencher des cycles vertueux pour nos territoires ? La gestion de l’eau.

Imaginons nos paysages de demain.

Merci à Kevin Simon et au Permacooltour pour la réalisation de cette vidéo.